Les péchés de Valérie

La gauche, parangon de vertu politique, pousse des cris d’orfraie face au double crime inexpiable du chef du Département des finances et de l’agriculture vaudois, Valérie Dittli. Elle reproche à cette dernière d’avoir pratiqué le «tourisme fiscal» en se domiciliant alternativement dans les cantons de Vaud et de Zoug selon ses activités, et de s’être parée du titre de docteur en droit, alors que sa thèse de doctorat, soutenue avec succès il y a deux ans, n’a pas été publiée ni déposée à la Bibliothèque cantonale et universitaire.

Une enquête confiée à un expert fiscal étant en cours et Mme Dittli ne s’étant pas exprimée sur la question de son doctorat au moment du délai rédactionnel du Pamphlet, il ne m’est évidemment pas possible de commenter le fond de cette affaire. Il y a néanmoins des choses à dire sur la méthode utilisée par les adversaires de la conseillère d’Etat élue le 10 avril 2022.

Pour commencer, il faut tenter d’expliquer pourquoi personne, y compris à gauche, ne s’est donné la peine de fouiner dans la vie de Valérie Dittli avant son élection au Conseil d’Etat. L’hypothèse la plus plausible est que tout le monde croyait dur comme fer que ses chances d’accéder au Château étaient aussi grandes que celles du chansonnier Ted Robert ou du «complotiste» François de Siebenthal en leur temps, c’est-à-dire nulles. Or, à la stupéfaction générale, la candidate Dittli, membre du parti Le Centre – qui, comme son nom l’indique, n’est en principe pas un parti de gauche –, a été élue, alors que la conseillère d’Etat socialiste Cesla Amarelle était renvoyée à ses chères études par l’électorat, au grand dam de la gauche vaudoise.

Il a fallu onze mois pour qu’éclate le «scandale», bien entendu aussitôt amplifié par la presse. Il faut croire que la vie de Mme Dittli donnait peu de prise à la critique et que les «enquêteurs» ont dû racler les fonds de tiroir pour dégotter de quoi la clouer au pilori.

Quelles que soient les circonstances, essayer de détruire un individu par une campagne de dénigrement est une méthode de voyous. J’espère que le Conseil d’Etat et les autres soutiens du chef du Département des finances et de l’agriculture ne flancheront pas. Par chance, ledit chef est une femme pourvue d’un compagnon «cisgenre». Ses adversaires ne pourront donc pas lui envoyer dans les gencives une imparable accusation de viol ou de harcèlement sexuel dûment étayée par le témoignage d’un femme victime de sidération.

Pour conclure, je rappelle à la gauche indignée qu’elle n’y regarda pas de si près quand, en 1993, la socialiste Ruth Dreifuss, qui payait ses impôts dans le canton de Berne, se domicilia en catastrophe dans une case postale genevoise pour pouvoir accéder au Conseil fédéral en tant que citoyenne du canton du bout du lac.

M. P.

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