Portes ouvertes à Ceuta
La communauté autonome de Ceuta, territoire espagnol situé sur le continent africain, en face de Gibraltar, a vécu depuis fin juillet une situation qui, bien que n’étant pas surprenante, n’en reste pas moins catastrophique. Entre le 30 et le 31 juillet, une vague d’immigrants illégaux – plus de 70'000 en 48 heures – principalement marocains ont franchi la frontière, certains d’entre eux à la nage, d’autres à pied par les rochers. On estime entre 5’000 et 13'000, selon les sources, le nombre de ceux qui ne sont pas repartis immédiatement.
La première question qui se pose est celle du motif de cette mobilisation soudaine. Il semblerait qu’il s’agisse d’un mouvement spontané relayé par les réseaux sociaux, sur lesquels le bruit a couru que la frontière de Ceuta était ouverte.
Quant à moi, je ne crois pas beaucoup au hasard, mais aucune des théories conspirationnistes qui circulent ne semble pouvoir être démontrée.
Le profil type de l’immigrant de Ceuta est un Marocain, jeune, voire mineur, seul. Il ne fuit ni la guerre, ni les persécutions, il n’a aucune chance d’obtenir l’asile politique et cherche avant tout à améliorer sa situation économique. L’augmentation du nombre d’agressions sexuelles à Ceuta, vingt-trois après l’assaut de la frontière, dont cinq viols avec pénétration, laisse penser que parmi les nouveaux venus se trouvent certains délinquants dangereux, à moins que ce ne soit un choc culturel. A l’heure où nous écrivons cet article, la majorité des candidats à l’immigration sont rentrés chez eux, la plupart de façon volontaire. L’eldorado promis n’a pas été à la hauteur des attentes. Mais il reste encore sur le territoire de Ceuta environ 2’500 «mineurs» qui ne peuvent être renvoyés chez eux à chaud, la Convention des droits de l’enfant de l’ONU interdisant le renvoi automatique. Il faudra donc pour chacun d’entre eux passer par une procédure administrative comprenant la localisation des parents ou la tutelle des services de protection des mineurs marocains. Pour les adultes, ce sont l’obligation d’examiner chaque demande d’asile et le refus du Maroc d’accepter les retours massifs qui font traîner l’expulsion.
Au-delà des faits, on a aujourd’hui à Ceuta la démonstration flagrante que le gouvernement espagnol et l’Europe en général ne sont pas préparés, ni juridiquement ni logistiquement, à l’arrivée massive et incontrôlée de populations allogènes. On savait le gouvernement de Pedro Sánchez laxiste et incompétent, mais il semble que ces caractéristiques aient contaminé les services de renseignements espagnols. Le mouvement, qui aurait démarré sur les réseaux, donc pas dans le darkweb, a provoqué le déplacement de milliers de personnes, nombre d’entre elles depuis le sud du Maroc, et le CNI (Centro Nacional de Inteligencia) avait détecté le problème, mais l’a considérablement minimisé. Les services d’information de la Guardia Civil, ayant observé une augmentation de la pression, avaient demandé vingt-deux jours avant les événements des renforts, qui leur furent refusés par le Ministère de l’intérieur. Le président du Gouvernement n’a pas pu s’occuper du problème, car il était en vacances; il y a des priorités. Bref, un amateurisme intolérable.
Certains milieux ont parlé d’invasion, pour ce qui n’a été qu’un assaut, mais l’invasion est en marche depuis plusieurs décennies. Les musulmans nord-africains ne s’y trompent pas, la vieille Europe est en passe de devenir un territoire à majorité islamique, qui fera appliquer la charia le jour où les générations issues de l’immigration maghrébine, qui font passer la religion avant la fidélité aux valeurs de leur pays d’accueil, seront une majorité de votants.
Le plus triste, c’est qu’au-delà du débat, il y a des citoyens abandonnés par leur gouvernement dans une situation critique, et des êtres humains qui perdent la vie en cherchant à atteindre une Europe idéalisée où ils ne trouveront souvent qu’une autre forme de misère que celle qu’ils ont abandonnée. Tout ça pour que des clowns avides de pouvoir puissent se poser en sauveurs du monde.
Pour conclure, je recommande à toute personne qui désire aujourd’hui se lancer ou rester en politique la lecture de l’excellent roman d’anticipation de Jean Raspail, «Le Camp des Saints» (1973). Instructif et terriblement actuel.
Michel Paschoud
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